Le journal de Muguette et d’Elisabeth:
Le soleil matinal nous inciterait à aller directement au jardin pourtant  nous choisissons de vous consacrer un peu de temps.
Quoi de neuf à Tibhirine ?
Les projets se concrétisent: les graines apportées sont mises en barquettes dans un beau terreau bien tamisé par nos soins. Imaginez -nous avec notre belle brouette rouge, en tenue de jardinier (tablier bleu ) traversant les allées du parc  au milieu des visiteurs (un jeune algérien nous a même proposé de descendre la brouette dans les escaliers ).

 

Nous espérons pouvoir repiquer nos petits plants avant notre départ (peut-être). Un jeune ( en rupture du monde pendant  deux jours) a profité d’un cours de jardinage ; lui aussi a poussé la brouette . Concernant le jardinage,il ne faut pas oublier le désherbage ( et  ça ne manque pas ) et à cette intentien il existe ici un outil magique , mais c’est un véritable engin de torture car  quelques jours après  les articulations s’en  souviennent encore  : LA GRELINETTE ….Les quelques activités un peu physiques sont vite compensées  par des temps plus cool (cuisine, ménage , tenue de la caisse au magasin de vente etc )
Hier après  midi , encouragées par un beau soleil , avec Félicité, nous partons dans le village prendre le café dans une famille . Des enfants nous rejoignent tout le long du chemin, et l’un d’eux annonce notre arrivée chez les parents de Samir.

Natissa , la maman nos accueille chaleureusement et nous fait installer sur les canapés du salon, alors qu’elle retourne a la cuisine préparer le café; une de ses filles ( revenue vivre a la maison paternelle avec ses 2 enfants après le décès accidentel de son mari ) apporte les tasses et des beignets, suivie par ses enfants et plusieurs cousins- cousines .Pendant que nous buvons le café Natissa apporte une grande bassine avec une très grosse boule de pâte qu’elle va travailler avec un geste adroit des 2 poignets pour préparer 14 galettes .En repartant nous aurons le plaisir de les voir cuire dehors sur un feu de bois. Mais avant, Youssef, un autre  fils de Natissa venu nous rejoindre avec sa femme , insiste pour que nous allions chez lui boire le café, sa femme a préparé un gâteau ; là c’est dans un grand couloir – entrée que nous sommes accueillis ; c’est l’occasion d’échanger sur l’éducation des enfants et les difficultés de relation avec un fils ado de 14 ans! Retour en passant devant la maison de Mustapha (autre fils) en construction et celle de Samir ; ce qui fait 3 fils autour de la maison familiale , qui abrite aussi la fille veuve ,et au total Natissa (qui a toujours le sourire )compte 24 personnes dans le clan familial. Sur les 14 galettes une est partie tout de suite au goûter des enfants , et 2 nous ont été offertes , pour la grande joie des frères de la Communauté.

Un autre temps fort a été la visite de Mohamed; Mohamed , un des frères de Youssef ( Samir et Youssef sont les deux ouvriers algériens travaillant sur la  ferme du monastère) .Mohamed a grandi prés du monastère où enfant il venait  » traîner » puis il a commencé à travailler à l’huilerie du monastère  .A cette époque , l’importance du monastère nécessitait l’emploi d’une soixantaine de personnes.Il a aussi travaillé aux vergers . A son retour du service militaire il a été embauché comme gardien des murs du monastère ( l’insécurité ambiante était déjà palpable ) .Plus tard, il sera  » promu » gérant des vergers et des cultures, en lien avec les associés.

Chaque moine lui a transmis ses connaissances spécifiques  dans son domaine (Christophe pour les vergers , Paul pour la plomberie …) .Devant l’incertitude de leur avenir ,les moines souhaitaient  que Mohamed puisse maintenir et transmettre l’activité du monastère.

Etant logé dans un bâtiment de la ferme avec sa famille en temps que gardien ,il était donc « de garde « lorsque des hommes du GIA (groupe islamique armé ) l’ont sommé, sous la  menace, d’ouvrir la grille et de les conduire aux chambres des moines et c’est ainsi, qu’impuissant ,il a assisté à leur enlèvement.Lui , profitant  d’un moment d’inattention a pu prendre la fuite dans les vergers , où il est resté caché jusqu’au matin .Episode qui l’a beaucoup marqué dans sa vie . Retraité, il habite maintenant à Médéa et revient de temps en temps au monastère .

Hormis le fait d’être obligés de sortir de temps en temps pour faire des courses , ( pour lesquelles nous devons demander une escorte ) nous n’éprouvons pas le besoin de quitter le monastère  et puis les nombreuses visites qui ont lieu chaque jour nous  permettent des échanges tous plus intéressants les uns que les autres .

Toutes les deux avons commencé hier (sur les encouragements pressants de frère Eugène) l’accueil et la visite guidée d’un petit groupe .Dans les conversations , revient souvent le nom de frère Luc , médecin .

Côté cuisine , nous avons toute latitude (où presque ) pour organiser les menus et les réaliser et dans l’ensemble cela semble convenir à tout le monde.On jongle beaucoup avec les pois chiches , le riz , les pommes de terre et les soupes !! c’est pas compliqué tout ça ,pensez vous peut-être : non ,bien sûr mais on essaie quand même de varier .

La vie ici ,si ce n’est plus uniquement »ora et labora »  mais ça y ressemble quand même : les échanges restent réduits à l’essentiel , pas de télévision ni quoi que ce soit qui puisse nous détourner de la vie » communautaire », selon la disposition de chacun , tout concourt à nous emmener vers un chemin d’intériorité; c’est aussi cela qui donne une autre saveur  à notre séjour ici.

 

Sinon, pourquoi faire toute cette distance pour jardiner et cuisiner …. ce que l’on fait journellement chez nous ….

      recherchons idées de menus simples et pas chers……

 

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