Lundi matin 26 mars: la sortie  » courses  » à Médéa relève presque d’une expédition.Pour remplir quelques sacs de provisions de bouche et pourvoir aux besoins du bricoleur, il ne faut pas moins de 5 personnes, sans compter les relais de policiers et gendarmes. Détaillons : Eugène le responsable de la maison -et de la mission- , Youssef le chauffeur, Elisabeth qui choisira les produits sur le marché,moi-même qui devra repérer une bonne quincaillerie, et notre accompagnateur « sécurité » qui change à l’entrée de chaque circonscription. Pourtant, tout se déroule selon l’ordre prévu : à 8 heures, gyrophare et sirène au portail , l’escorte -demandée 2 jours avant – est au  rendez-vous, nous pouvons partir.
    Médéa est à une dizaine de kilomètres, nous voila donc près du marché
à 9 heures. .J’allais oublier une démarche, et pas la moins importante: j’ai aussi la fonction de convoyeur de fond, heureusement sous bonne protection, car un policier sera des nôtres durant toutes nos courses. Après l’épisode  » tuiles  » de la semaine dernièrece matin, c’est d’abord l’épisode Caddy      ( pas celui du super-marché, mais le break commandé au concessionnaire Volkswagen  pour livrer les produits de la Communauté ) . Nous allons donc à la banque déposer l’argent pour le véhicule, mais cette fois, nous ressortons avec un reçu en bonne et due forme.

Toujours avec notre coéquipier en uniforme qui s’avère être aussi un guide précieux, nous découvrons le marché aux légumes et remplissons nos sacs de pommes de terre, choux, carottes, salades,et autres provisions qui rempliront le congélateur ( à défaut de glacière du prochain ambassadeur de passage au monastère )
La recherche de vis, forets,serrures, sera un peu plus laborieuse, le magasinier se perd dans un joli méli-mélo de fournitures, d’outillage, de cartons et sachets qui laisse peu de place aux visiteurs.  Verdict à l’arrivée, les rondelles ont dû échouer entre deux cartons et manquent à l’appel……

                 Le marché couvert est lui aussi pittoresque: derrière des installations de fortune, sous des lampes raccordées avec un bout de fil torsadé, des tas de pomme de terre,de choux, de salade, voisinent avec des têtes de bélier, des fruits, et des quartiers de mouton. On se faufile entre tous ces étalages, croisant les hommes enfoncés sous leur cachabia, mais les femmes sont bel et bien  absentes de toute cette activité commerciale.

Après 15h, nous ( Félicité et Elisabeth ) nous dirigeons vers le village chez la maman de Samir (un des deux ouvriers de la ferme ) , réputée pour sa fabrication des galettes. Nous la trouvons chez elle, souriante et accueillante . Arrivent également une de ses petites filles âgée de 18 ans qui ne veux plus aller à l’école mais ne fait rien d’autre….puis c’est une de ses filles qui nous salue avec  ses deux fils (4 et 5 ans) et enfin une autre jeune  parente
Nous  sommes invitées a nous installer dans un salon (des canapés , divans , occupent les 3 côtés de la pièce ) partageons une tasse de,café et des gâteaux- maison servis sur une table basse. Lorsqu’on dit à Fissa qu’on l’a vue dans le film tourné par la fille d’Anne et Hubert Ploquin – qui ont séjourné à Tibhirine en 2012 -, elle sourit, l’air heureuse.
Sa fille nous parle de Blandine et Maria ,  autres personnes  venues les visiter alors qu’elles séjournaient au monastère, .Blandine nous connaissons mais Maria ,non, alors elle nous montre une photo sur son téléphone ; là, petite déception car Maria n’ apparaît pas , par contre Blandine est bien là , souriante avec un petit enfant sur les genoux .

Comme nous sommes venues pour les galettes, Fissa nous propose de revenir demain mardi à 14 h avec Guy et Eugène
Sur le chemin du retour Samir nous fait visiter sa maison et malgré l’aspect extérieur d’une habitation non terminée nous entrons dans une  maison « coquette »:hall ,cuisine , salon , chambre des parents (avec télé )et chambre des 3 filles (ou il n’y a pas de lits, mais ils installent des matelas pour la nuit ), une partie sanitaire en cours d’aménagement .
Samir est très fier de son intérieur et pour chaque pièce il cite le nom d’une personne du monastère qui , à un moment donné les a aidé pour les travaux ; c’est la même chose pour des voisins , et Eugène nous précise qu’il s’agit souvent d’un financement qui passe par  » l’association des amis de Tibhirine  »

Hourra!……le soleil revient

Mardi 27 mars: Nous avons ce jour une pensée particulière pour les 7 moines enlevés il y a exactement 22 ans, dans ces lieux qui nous sont maintenant familiers. Arpenter le cloître, prier à la chapelle, travailler à l’atelier ou à la cuisine  – autant de lieux qui résonnent de tout ce passé monastique – nous rapproche de ces martyrs de l’Atlas. Toute cette vie qui foisonne ici aujourd’hui n’est-elle pas le signe que le message qu’ils nous ont laissé n’est pas resté vain?

      En début d’après midi nous (Eugène, Guy et Elisabeth )voilà donc partis chez Fissa et sa famille ; nous retrouvons presque les même personnes qu’hier et sommes invitées a nous installer sur les canapés . Fissa apporte la bassine avec la farine , elle ajoute de la levure un peu d’eau et la voilà qui se met à pétrir , allègrement avec la paume de la main ; très  bien partie elle s’arrête et me dit:  » c’est à toi « …….
…….Ça parait facile , je me  lance malis les sourires des spectatrices de la maison nous font comprendre que ce n’est pas tout à fait comme il faut ! petite démonstration et me voilà repartie , presque approuvée par les femmes pour la nouvelle position de mes paumes de main ; oui car il faut utiliser les 2 en même temps , l’une sur l’autre….mais je suis contente lorsque Fissa propose  de me relayer ,car ça réchauffe et le temps parait long !!

       Estimant que la boule était à point Fissa la recouvre d’un plastique puis d’un tissu épais et installe la bassine devant le poêle, ;pendant cette pose nous dégustons café et gâteaux(différents d’hier ) nous sommes vraiment choyés . Nous discutons sur la famille et Samir nous parle de ses 4 frères et 3 sœurs ; un des garçons travaille dans la confection de rideaux comme ceux qui ornent la pièce nous précise fièrement Fissa ; il y a beaucoup de décorations , des tissus de couleur incrustés , des broderies…
…..La pâte semble à point, alors Fissa s’installe sur une table basse et va préparer 6 galettes . Elle tapote la part de pâte extraite pour l’aplatir et met dessus de la semoule avant de l’installer sur 1 tissu ; elle fera cela 5 fois et moi une . Le résultat est un peu différent !
Puis nous passons toutes les deux dans la cuisine , elle installe sur un réchaud à gaz la »tajine » grand plat en terre dans lequel elle fera cuire une par une les galettes; il faut donc du temps et de la patience ! mais dès le début elle est allée chercher Guy pour faire des photos ;tout le monde a suivi et  pendant la cuisson Eugène et Guy ont montré des photos de nos familles sur leurs téléphones , ce qui amène beaucoup de sourires et réactions joyeuses !
.   Bref un bon temps partagé ,nous repartons heureux et avec , devinez quoi………..eh bien les 6 galettes .La différence de langue est quand même un petit obstacle à notre bonne compréhension ; nous retenons de Fissa que nous nous reverrons avant notre départ , mais ou et quand ? « inch allah »

       Nous revenons  de cet agréable moment passé chez la maman de Samir. Toutes les maisons alentour sont de sa famille, et nous comprenons que le village entier est une grande famille dont les moines étaient partie intégrante. Il n’est guère d’adultes rencontrés dans le village qui ne cherchent pas à nous parler de ce qu’ils ont fait avec les moines. A tel point que Ben-Ali nous apportera de précieux renseignements sur le tracé d’une canalisation défectueuse que nous essayons de repérer dans le parc. Nous apprenons ainsi que, grâce à l’association des amis de Tibhirine, beaucoup de foyers aux ressources modestes ont pu être aidés à un moment ou à un autre. Il ne s’agit pas d’un assistanat, mais plutôt d’un partenariat, beaucoup de travaux dans le monastère ont été fait avec la participation des villageois qui aujourd’hui frappent à la porte avec un panier de légumes, du pain maison ou des gâteaux.

 » Chrétiens ou musulmans, mais aussi  frères humains solidaires «