La neige est partie; la pluie, le vent, et même le tonnerre, les éclairs et la grêle ont pris le relais, le  soleil doit-être en vacances.
Nous sommes vendredi, Félicité propose une visite  détaillée à nos amis Grenoblois, je m’y associe pour parfaire ma connaissance des lieux. Repérer et ordonner tous les espaces, escaliers, couloirs, cloîtres,s’apparente à un jeu de piste, mais ça va déjà mieux après deux semaines.


En compagnie du spécialiste photo grenoblois, nous partons faire le tour du village mais le brouillard aura vite raison de nos photos de paysage. Chaque piéton rencontré nous salue généreusement et le verglas rend quelques passages laborieux.

 

.Retour au monastère, un car de visiteurs en provenance d’Alger attend devant le portail, à mon tour de les accueillir. Une fois de plus, les langues vont bon train, qu’ils sont loin les clichés des français sur les musulmans en général. Avec Hamed et Asma, originaires de Kabylie, nous avons longuement parlé de nos racines, de la vie autour de nous et du manque d’ouverture  sur l’autre différent par sa culture ou sa religion. Il faut peu de temps pour se sentir très proches, échanger des adresses ou promettre de se revoir. L’intérêt qu ils portent à nos commentaires,leurs remerciements chaleureux , les inévitables photos où ils nous demandent de poser en leur compagnie,nous rassurent sur le pourquoi de notre présence ici.

      L’après-midi est plus dégagé, la randonnée à Notre Dame de l’Atlas tout en haut de la
colline nous tente à nouveau.Nous partons avec  3 grenoblois sans attirer l’attention des gardiens du dessus. Arrivés en haut, nous retrouvons les visiteurs du matin et…près d’un buisson, nos deux sentinelles en armes. Les appareils photos n’ont pas chômé,photos de groupe et de paysages, et celui-ci est vraiment magnifique sur les sommets de l’Atlas devant nous et les petits villages dans la plaine.
                                                          L’équipe d’Algérois nous devance à la descente, mais un des deux anges gardiens restera avec nous et nous proposera un autre itinéraire pour le retour, via une pépinière et la route qui dessert Tibhirine et où nous rencontrerons plus de moutons que de véhicules.

Samedi,après une réparation bien méritée, la caisse à outils de Frère Paul remplacera avantageusement mon seau pour le service après-vente  » portes et fenêtres  » qui m’incombe, or la grande porte de la chapelle devient récalcitrante.
Pendant ce temps, Elisabeth et Eugène accueillent les visiteurs qui sont toujours plus nombreux en fin de semaine. Le vendredi est jour chômé pour les musulmans comme notre dimanche en France.

Dimanche matin, Youssef est allé à la poste payer le téléphone et, miracle…internet est revenu, nous pouvons reprendre!!!
On s’affaire pour célébrer dignement les Rameaux -Samir (musulman comme tous ceux du village) a apporté hier. de vraies palmes qui vont jalonner le cloître pour la procession -. Pour commencer la célébration,on attend les visiteurs du jour : l’ambassadeur de la CEE à Alger et sa famille, soit quatre personnes + le chauffeur. Après une assemblée presque familiale où Eugène (le prêtre)  a pu mettre en parallèle le don total des moines de Tibhirine et cette renaissance du lieu que nous connaissons aujourd’hui…., avec la passion du Christ vers la résurrection…. nous partagerons un moment bien agréable.
Oui, la délégation ne vient pas les mains vides, mais avec des glacières bien remplies, le repas commun sera très festif, la bonne bouteille n’est pas oubliée., et nous comparerons nos familles aux racines bien ancrées, avec celles des diplomates aux origines et aux destinations pluri-continentales. Merci,Seigneur, d’élargir ainsi notre horizon!

En guise de sieste, bravant le temps maussade, nous partons à la découverte du village pour y croiser d’abord un piéton les bras chargés de bidons plastiques, il nous explique, avec quelques mots presque français, qu’il monte deux fois par jour jusqu’à la source pour se ravitailler. Plus loin, des enfants jouent dans la rue et paraissent se déjouer du froid et de la pluie. Toujours plus haut dans le village, un stock de lisier en bordure semble annoncer un modeste élevage de vaches.
Les nuages nous ramènent vite au monastère. Tout en préparant les courses pour demain lundi  (celles que nous devions faire jeudi) avec Félicité et Eugène, nous échangeons nos impressions après deux semaines de séjour et posons quelques jalons pour la semaine qui doit nous conduire à Pâques.

Dans 9 jours nous reprendrons l’avion, emportant avec nous un peu de cette grâce reçue durant ce mois de mars.